Livre d'images...

Livre d'images...
Il en passe, de l'eau, sous les ponts de la vie...
Fonte des neiges à Briançon, en ce début de printemps 2008.
Assis prés d'un torrent qui gonfle et qui déroule inlassablement ses anneaux dans une course folle, me reviennent en boucle, des épisodes du chemin...
En musique de fond, dans ma tête, défile une valse de Vienne, du temps des Strauss ...Le beau Danube bleu... Prélude d'une douce ivresse qui prendrait son envol...
Des visages, flottent dans le courant...
Ils s'approchent et repartent, riants ou souriants, tristes ou mélancoliques...
Tous particuliers, tous uniques, dans mon livre d'images.
Mes amis, mes amies, mes rencontres...
D'un geste de la main, j'adresse un petit salut à mes oiseaux de passage...
Pascal. Grand échalas désarticulé et gauche au sourire plein de dents... Une ébauche de Brel, sur scène, gesticulant, si expressif... Brel, dont tu hurlais, la nuit, les paroles de révolte ou de tendresse, dans les rues du Cap Ferret... Te souviens tu, l'ami ? Quand nous lancions des aubades sous les fenêtres des filles, à deux heures du matin ? Tes yeux, toujours tristes, dont je sais, aujourd'hui, la raison. Moi, je me souviens de tout. Ne glisse pas si vite ! Résiste au courant qui t'entraîne !...Reste encore avec moi, s'il te plait, un moment ! Mais, déjà, tu t'éloignes, au loin tu disparais. Et ta main, hors de l'eau, me fait un dernier signe...
Laure. Pétillante comme une mousse de champagne qui déborde d'une coupe, sur la nappe blanche. Virevoltant dans sa jupe courte au son d'une marche endiablée, un soir de bal du samedi soir, à Saint Pardoux. Tes éclats de rire résonnent dans ma tête et j'entends tes sarcasmes, comme si c'était hier, comme si tu n'avais pas disparue, un jour, au bras d'un autre.
Michel. Corsaire, flibustier, brigand. Pirate des caraïbes ! Toujours en sursis, en attente d'embarquement vers les confins du monde. Éternel voyageur en recherche de sens, dévorant les escales, les rues qui glissent, de port d'attache en port de désamour. « Il fallait y aller », disais tu... Bien sûr, l'ami. Rien ni personne n'aurait pu te retenir. Ton appétit d'espace dévorait ton présent. Qu'as-tu trouvé là bas, encore un peu plus loin ? La marée montante a recouvert tes traces... Ou es tu maintenant ? As-tu trouvé ton arbre ? Tes racines ? Tout au bout du chemin ?
« Sous le pont Mirabeau, coule, la Seine »...non, ici l'eau crépite et scintille, jouant avec mes souvenirs...
Eva et Myrtille ! Deux prénoms associés, qui reviennent souvent...
Et Dieu créa Eva. Un appétit d'amour. Donnant sans cesse, et son corps, et son cœur, comme s'ils étaient inusables. Combien de fois t'ai-je ramassée à la cuillère, Eva... Tout doucement, délicatement, tendrement.... J'avais beau te dire : « Ce sont des salauds ! Ils ne savent pas ce qu'ils gaspillent. Ils n'apprendront jamais. » C'était plus fort que toi. Je le savais, mais je parlais quand même...
Myrtille. Un parfum. Je devinais qu'elle venait tout juste de se glisser par là. Je l'ai toujours raté d'une seconde. Insaisissable Myrtille... Gourmande, mais raffinée, légère mais entière, distante mais attentive, inspectant les contours avant de se risquer, demandant patte blanche, avant d'ouvrir sa porte. Je la regardais souvent à la dérobée. Son petit minois à l'affût. Et ce parfum qui emplissait l'espace autour de sa personne, comme un appel et une protection.
Clins d'oeil, sourires, rencontres éphémères et amitiés durables. Ponctuations diverses dans des pages jaunies...
Lysian. La première fois qu'on l'a fait, j'en fus tout secoué. Petite, menue, timide et très pudique, mais qui s'est révélée, après un excellent repas plutôt bien arrosé, particulièrement lyrique en fin d'après midi. Fête des sens! Toute pudeur évanouie au profit d'un plaisir libertin et joyeux, ponctué de rires... Epuisés, mais heureux. Alors que je la vois passer brièvement, dans la toupie des vagues, merveilleusement nue, elle se marre, éperdument. Espiègle, elle a suivi, de loin, le fil de mes pensées...
Guillaume, boulanger de son état. Vingt ans. Blanc, tout blanc, comme la farine de son pétrin et comme ses cheveux. Élégant, soigné, tiré à quatre épingles, lorsqu'il prenait la route du samedi soir, après la dernière fournée. Mais si timide, si renfermé, si rougissant. Ne s'exprimant qu'à travers ses dessins qu'il esquissait en silence, en écoutant les autres, sur les nappes des tables de café. Il m'en a fait beaucoup. J'adorais. Un sens phénoménal de la caricature ! Fumant beaucoup pour se donner une contenance, mais n'aimant pas cela. Buvant peu, de peur de se perdre. Si gentil !
Momo. On pourrait croire, à entendre ses discours passionnés qu'il est vaniteux. Plein de morgue et de confiance en lui. Forcément ! Il en rajoute toujours une couche de trop ! Mais s'il exaspère beaucoup de monde, au fond, il ne trompe personne. Du moins pas ceux qui savent attendre, pour voir. Et, dés lors qu'il se sent percé à jour, il redevient, non seulement fréquentable, mais joyeux compagnon. Provocateur, sans doute, mais davantage pour dire : « Eloignons les fâcheux ! ». Un cas, encore un autre...
Terriblement humains ! Mes amis, mon unique richesse !...
Excitations d'un jour, désespoirs d'un moment, mais amour toujours, amourettes souvent, amitiés courtes ou durables...
Le torrent suit son cours, creusant son lit, élargissant ses berges, pour se perdre plus loin, beaucoup, beaucoup plus loin...
Mariages, aussi. Presque autant de divorces ...
Sally...Elle aurait bien aimé que son Julien de mari soit un peu moins rêveur. Un peu plus attentif à ces petits riens qui façonnent, dans le quotidien, la construction d'un couple. Il est fidèle certes, gentil, attentionné, aimant. Mais on ne peut pas se reposer sur lui. Et ça, c'est dur pour Sally ! Elle aimerait bien pouvoir compter sur son Julien préféré parfois, seulement voilà ! Julien est ailleurs... Dans ses rêves, dont elle se sent exclue. Elle lui en fait souvent la remarque, le reproche. Et Julien est d'accord. Il est toujours d'accord, Julien, pas contrariant. Mais il ne change pas. Il sourit, la prend dans ses bras, l'embrasse...et retourne à ses rêves... Alors, elle se dit qu'au fond, elle aussi doit bien avoir, elle aussi, des lacunes, des manques. Elle n'en doute pas. Et demain... sera un autre jour....
Les visages entrevus montent sur la crête des vagues et retombent sans bruit dans l'écume qui gronde déroulant ses méandres, inexorablement.
Marc nage jusqu'à la berge. Il se hisse hors de l'eau, puis s'éloigne, tout trempé, d'un pas lourd. Voila qu'il disparaît, sans m'avoir reconnu. Reprenant, sans se retourner, son chemin.
Fiori, enfin, que j'attendais. Qui me rejoint toujours sans permission aucune. Qui entre chez moi comme dans un moulin. Moi, pourtant si difficile à atteindre, aujourd'hui. Elle sait bien que j'ouvrirai ma porte. Elle, dont les yeux verts brillent de larmes retenues... « Et moi ? Te souviens tu de moi ? »...Petite fleur... bien sûr ! Comment pourrais je t'oublier ? Ma référence à moi ! Toi que j'ai raté par manque d'imprudence. Par crainte de mal faire, de te faire du mal. Par peur de l'inconnu, peur de te décevoir. Fiori, ma douce fleur des villes, tu sais bien que tu es la seule à avoir compté. Ne fais pas ces yeux là, s'il te plaît. Ils m'angoissent ! Je pense trop souvent à toi, mélange de regrets et de gestes ébauchés... Va ! Passe vite ! Ne reste pas ici. Tu sais bien que je t'aime. Je te retrouverai, ce soir, comme toujours, avant de m'endormir...
Vous, qui me tenez par la main...Vous vivez tous en moi !
Venez, venez sans crainte. On prendra cinq minutes pour bavarder, et pour sourire...
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